mardi 17 janvier 2017

Renaissants, mutants, convivialistes, tisserands... Nom, nom et nom!
















«Mutants», 
«Convivialistes», 
«Tisserands», 
«Emergents»...
Autant de vocables 
pour nommer 
les dissidents 
de cette société 
outrancièrement  
-Qui a dit «trumpeusement»?- 
narcissique 
et excessivement
matérialiste 
qui est la nôtre.
Une multiplicité révélatrice 
de l'intensité des efforts 
qui restent à consentir 
par ceux que 
l'intéressante enquête 
«Noir, Jaune, Blues» 
qualifie désormais 
de «Renaissants».



C'est le sociologue Benoît Scheuer qui nous a (re)mis la puce à l'oreille.
Dans une récente radioscopie des Belges francophones (1), il ne se contente pas d'avancer, comme bien d'autres avant lui, qu'il serait désormais plus pertinent de dépasser la traditionnelle distinction gauche/droite. 
L'homme va plus loin en proposant et en appliquant une solution de rechange.
A savoir l'adoption d'une nouvelle grille d'analyse, construite autour de deux axes...
Coté vertical: un binôme système/antisystème.
Et côté horizontal: une dichotomie ouverture/fermeture (par rapport aux métissages culturels, religieux et politiques). 
Apparaît alors un tableau sur lequel on peut situer quatre grandes familles d'individus, chacune d'elles incarnant une vision du monde particulière...
. La première, celle des «Ambivalents» (en l'occurrence, 24% de la population), se caractérise par des opinions peu tranchées qui la situent au centre de l'échiquier (2).
. La deuxième, celle des «Traditionalistes» (25%), ne remet pas en cause un système auquel elle reste attachée mais penche pour une forme de repli (3)
. La troisième, celle des «Abandonnés» (26%), tend à se distancier de la précédente par sa tendance à rejeter le système tout en s'en rapprochant par sa propension à privilégier la fermeture (4).
. Reste un quatrième groupe (25%) qui, pour marquer son désaccord avec le système, n'en appelle pas moins, lui, à l'ouverture: ce sont les «Renaissants».

Bienvenue au club!

On remarquera, dans ce schéma, que le positionnement qui consisterait à se montrer favorable à la fois au système et à l'ouverture... n'attire tout simplement personne! 
On observera également que la seule et unique catégorie qui se prononce résolument pour l'ouverture, c'est la dernière. 
Soit celle qui nous intéresse tout particulièrement.
Car les Renaissants ressemblent fort à  ce que, dans ces colonnes, nous avons eu l'occasion de désigner à plusieurs reprises comme des «créa... cteurs de changement».

Enchanté! Moi, c'est Renaissant... 

Ainsi, les Renaissants seraient à la fois «antisystème» et ouverts. 
«Antisystème», donc, car méfiants envers des institutions de plus en plus délégitimées, et conscients d'avoir à composer avec l'écheveau des dominations exercées sur le monde par les pouvoirs politiques, économiques et financiers. 
Ouverts, aussi, puisqu'habités, entre autres, par la conviction que l'immigration est source d'enrichissement personnel.
Ce qui, au-delà de cette problématique particulière, témoigne d'un état d'esprit globalement inclusif.
D'autres diront: «reliant» (Marcel Bolle de Bal, Edgar Morin...).
Ou «symbiotique» (Abdennour Bidar...).
Voire «tisseur de liens» féconds car créatifs et épanouissants pour toutes les parties prenantes (le même Bidar, notamment) .

Le changement, c'est Renaissant!

Exit la facticité de la récréation?
Place à la fertilité de la recréation?
Vivre, serait-ce créer et entretenir des relations fructueuses?  
Le Renaissant, en tout cas, le pense.
Lui qui se refuse à la fermeture.
Et aussi à la fatalité. 
Car, rapporte Scheuer, ce profil est porteur de «l'idée que l'on n'est pas condamné à subir et qu'on peut changer les choses, qu'on peut avoir une capacité d'agir», même si cette influence s'avère bien souvent «limitée au niveau local».
Le Renaissant, alors, serait-il révolutionnaire?
Non plus. 
Ou s'il l'est, c'est -comme dirait le journaliste, homme de presse et essayiste français Jean-François Kahn- dans l'acception copernicienne du terme. 
Au sens où il s'agirait de réorganiser notre perception du système à partir d'une nouvelle centralité (5)
Et -ajouterons-nous- de faire changer les trajectoires mentales en misant sur la force d'attraction de quelques défricheurs, pionniers ou autres «guerriers mystiques». 
Ceux-là mêmes qui entendent s'extraire du sempiternel «métro-boulot-dodo»
Et qui veulent (re)trouver du sens. 
Comment?
En agissant pour faire bouger les choses.
En s'impliquant pour faire changer le monde.
En contribuant à faire évoluer les mentalités.

Mais attention!
Pas à n'importe quel prix... 
Non! 
En douceur.
Sans coup d'éclat.
Et sans compter sur des politiciens considérés comme inaptes à se hisser à la hauteur des enjeux.
Le changement, du coup, ne peut venir que des citoyens. 

Qui plus est, autant que possible, activistes plutôt que militants (6)
Histoire de ne pas opposer les gens. 

Discrétion assurée


Avec les Renaissants, nous touchons au coeur de ce 
Projet relationnel.
A savoir les porteurs de courants de pensée et mode de vie émergents.
Et plus précisément, au sein de cet 
assortiment un peu hétéroclite, ceux qui en constituent le noyau dur et que nous avons dénommés «Mutants».
«Renaissants»«Emergents», «Mutants», «Convivialistes»«Tisse-rands» (7)... ?
Qu'importe, en un sens, la terminologie.
Encore que l'occasion soit bonne pour regretter que tous ces dissidents d'une société appréhendée comme outrancièrement matérialiste et excessivement narcissique -des Créatifs culturels aux «somnambules» (!) de Nuit debout en passant par les Simplicitaires, les Indignés et tous ceux, innombrables, qui ont vocation à être placés sous la loupe de ce blog- ne parviennent pas à se mettre d'accord sur un vocable fédérateur.
Une lacune révélatrice de l'intensité des efforts qui restent à consentir...
«A partir de leur colonne vertébrale de valeurs, les Renaissants sont capables de résister à tous les discours populistes identitaires, mais la structure qui leur permettrait de refonder la société n'a toujours pas émergé, précise Scheuer.
Il faut tenter de faire éclore ce nouvel acteur en montrant comment il fonctionne en termes de valeurs et de projets.»
En attendant, on retrouve chez ces Renaissants des caractéristiques que connaissent bien ceux qui se sont intéressés au phénomène des Créatifs culturels.
«Pour le moment, ils sont sous les radars et attentistes.
Ils sont plutôt dans le repli sur leur communauté mais développent des valeurs bien différentes du rejet ou de la haine...
Et si les médias parlent peu d'eux, ces derniers ne s'en plaignent pas: ils ne cherchent pas le pouvoir.»
Discrétion assurée?
Oui.
Et peut-être même un peu trop...
Nom de nom!


Christophe Engels



(1) Cette enquête, qui a sondé 4.700 Belges francophones sur de grands thèmes actuels, avait été commandée par la fondation Ceci n'est pas une crise avant d'être réalisée par l'institut de sondage Survey and Action, puis relayée par la Radio Télévision Belge Francophone ainsi que par le quotidien de référence Le Soir: Scheuer Benoît, Noir Jaune Blues, Louvain-la-Neuve, 2017. 
(2) Très représentés chez les jeunes de moins de 35 ans, les «ambivalents» revendiquent une approche toute en nuances. Les opinions tranchées, très peu pour ceux qui, d'un autre côté, ne parviennent pas toujours à déjouer les pièges de la contradiction. Autre caractéristique de ce groupe: la dynamique de ses membres peut les porter à basculer à tout moment vers une autre famille. En contexte d'attentats à répétition ou de crise économique par exemples.      
(3) Parfois catholiques pratiquants, souvent défenseurs de la civilisation occidentale chrétienne, les «traditionalistes» sont ancrés dans le système par un patrimoine économique relativement ou franchement confortable. Conséquences: un intérêt marqué pour la défense de la culture et des principes de nos sociétés contre les dangers de l'islamisation, assorti d'une relative indifférence aux problèmes susceptibles d'être posés par les excès de la globalisation ou par l'accroissement des inégalités sociales.     
(4) De plus en plus présents à mesure que l'on descend dans l'échelle sociale, les «abandonnés» sont également de plus en plus nombreux globalement. Se sentant dépossédés de tout, laissés pour compte de l'Etat providence et en manque de reconnaissance sociale, ils s'inscrivent résolument dans le clan de ceux qui ont l'impression d'être aussi oubliés par les élites économiques, politiques ou financières que sacrifiés sur les autels de l'immigration, de l'islamisation et de la globalisation. Avec, à la clé, une demande de préférence nationale, de rétablissement des frontières et de... pouvoir fort. De là, une perméabilité à ces idéologies populistes qui promettent de les prendre en charge tout en leur fournissant une lecture simpliste de la société.   
(5) Cfr. Kahn Jean-François, Réflexion sur mon échec (Entretiens avec Françoise Siri), éditions de l'Aube, Paris, 2016, p.78.
(6) C'est en tout cas que nous entendons et lisons à gauche et à droite, quelques années après l'avoir écrit ici-même.
(7) On reviendra prochainement, dans ces colonnes, sur l'approche proposée par Abdennour Bidar. 


samedi 14 janvier 2017

Il nous faut tout repenser


«Il nous faut
tout
repenser.
»
Le Président
du Collectif
Roosevelt

ne fait pas
dans la
demi-

mesure.
Et
p
our cause.
L'esprit 
du temps 
est 
à l'orage.
Incitant 
ce 
citoyen
engagé 
qu'est 
à monter 
au créneau. 
Histoire 
de convaincre 
que tout 
n’est pas 
perdu.



«Récemment, je suis interpellé par un jeune militant politique qui cherche à me vendre son programme. 
Il me parle compétitivité des entreprises, réduction du nombre de fonctionnaires, déréglementation du travail. 
Je lui parle dérèglement climatique, mirage de la croissance qui n’a jamais créé d’emplois. 
Dialogue de sourd. 
Pas tant sur le programme que sur le diagnostic. 
Ce jeune militant reste ancré dans le monde du XXeme siècle, il n’a pas compris que "le dérèglement climatique: ça change tout", et que notre modèle de développement est en guerre contre la vie sur terre (comme le dit Naomi Klein).

Il n’a pas compris que c'est à l’aune du changement climatique, de l’extinction des espèces, de l’acidification des océans, de la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, de l’eau douce, de l’affectation des terres, de la pollution chimique que nous devons repenser notre manière de vivre ensemble, et ceci au niveau local comme au niveau mondial.
Nous voici projetés dans cette communauté de destin de tous les terriens dont parle Edgar Morin.

Il nous faut tout repenser: d'abord la réduction des inégalités (comme le propose le colloque de la Revue Projet du 16 au 18 février), les questions du logement, le rapport à la consommation, la démocratie, la finance etc... et bien sûr le travail et son rapport à l’emploi, le sens du travail et son utilité sociale et personnelle, le lien avec la protection sociale.
En ce sens, réjouissons nous que la question du travail soit désormais apparu au cœur des débats de la campagne présidentielle.

Déjà en 2012, c’était notre intuition: quinze mesures pour basculer dans un nouveau monde. 
Nous voici rejoints par Pouvoir Citoyen en Marche et Les Jours Heureux
A ce titre, le Collectif Roosevelt vous appelle à participer massivement à la plateforme des Jours Heureux, à commenter les propositions et particulièrement celles qui nous sont les plus proches (travail, finance, climat). 
De même, soyons nombreux à signer l’appel de Edgar Morin que nous relayons ici et qui rassemble nombre de mouvements citoyens.

Car le temps presse, ce basculement que nous espérons est urgent.
Heureusement, jamais la pression citoyenne n’a été aussi forte. 

Alors bienvenue en 2017! 
Montrons à nos concitoyens que tout n’est pas perdu et profitons des débats qui vont se développer partout, à l’occasion des élections, pour disqualifier non pas les programmes, mais la vision archaïque des partis et des candidats traditionnels. 

Même si l’orage gronde, n’attendons pas pour être bienveillants et fraternels. 
Cultivons le beau et partageons-le. 
Engageons nous un peu plus dans la transition citoyenne. 
Chaque geste compte et constitue un témoignage du sérieux de nos engagements.

Je vous souhaite une bonne année 2017, à vous, ainsi qu'à vos proches et vos familles.»


Président du Collectif Roosevelt



(3) Le texte publié ci-dessus nous a été envoyé par l'auteur, que nous remercions.  Les titre et, chapeau sont de la rédaction.


lundi 9 janvier 2017

2017, année éthico-érotique?






Le convivialisme, c'est maintenant.
Ou alors c'est l'apocalypse qui nous attend.
Le philosophe français Patrick Viveret 

(1) (triple portrait ci-dessous)
y va d'une interpellation-choc. 
Qu'il s'empresse de mettre au service d'une analyse forte.
Entre grande Régression et grande Transition, 
explique-t-il, 
l'heure du choix a sonné.
Un choix qui n'en est évidemment pas un.
Conséquence: il s'agit de s'y mettre.
De se retrousser les manches.
De construire une grande alliance des Forces de Vie.
Dont la base sociale pourrait être
-pourquoi pas?- 
celle de Créatifs culturels.
A une condition, du moins.
Que les intéressés consentent 
à se donner les moyens de leurs ambitions.
Charge à eux, donc, 
de transformer leurs émergences en convergence.
Et aussi d'articuler un double 
impératif: 
nietzschéen et kantien.
2017, année éthico-érotique?






«"Convivialisme now ou apocalypse tomorrow".
Tel était le thème de notre rencontre du Théâtre de la Tempête, à Vincennes en juin dernier.
Je le crois très actuel en sachant qu'il caractérise une exigence préventive pour éviter des risques majeurs pour notre famille humaine. 
Mais il pourrait aussi avoir une valeur de résilience si nous devions surmonter un certain nombre de catastrophes et de régressions si les logiques dominantes d'aveuglement se perpétuent.

Grande Régression ou grande Transition: l'heure du choix 

Nous sommes en effet entrés dans un conflit mondial d'un nouveau type puisque l'objet de ce conflit est d'éviter la guerre et, à terme, sinon la destruction de l'humanité, en tout cas une grande Régression à laquelle il nous faut au contraire opposer la perspective d'une grande Transition, celle-là même à laquelle veut contribuer le convivialisme.

Je crois en effet qu'il n'est pas excessif de dire qu'une part importante du destin de l'humanité va se jouer dans ce siècle. 
Regardons lucidement la situation: avant l'élection de Trump, il y avait déjà un état d'urgence social et écologique avec la fracture sociale mondiale des inégalités (les 63 personnes les plus riches disposant de l'équivalent du revenu de la moitié de l'humanité) et la fracture écologique gravissime: dérèglement climatique, sixième extinction des espèces, grandes pollutions faisant chaque année des centaines de milliers de morts. 
Il aurait fallu donner un coup de barre très net dans le sens de la justice sociale et de la responsabilité écologique, bref aller franchement dans le sens d'une grande Transition. 
L'élection de Trump et le renforcement des "démocratures", pour reprendre l'expression de Pierre Hassner, qui nourrissent les inégalités sociales et l' irresponsabilité écologique participent au contraire de la grande Régression et rendent le risque plus grave encore d'une humanité confrontée à un cycle mortifère. 
Cycle qui peut même s'avérer fatal quand on pense que des psychopathes peuvent disposer d'armes de destruction massive, à commencer par le nucléaire.
Il faut donc qu'impérativement se constitue une grande alliance pour la Vie face aux logiques mortifères qui peuvent nous conduire à l'abîme, pour reprendre le titre d'un livre récent de notre ami Edgar Morin.

Forces de Vie: la grande alliance 

C'est cette alliance que nous avons cherché à construire au cours de l'année écoulée, tant à l'échelle mondiale, dans la suite des mouvements qui se sont rassemblés lors de la Cop 21 (cfr. la proposition d'un processus constituant mondial faite par "le Serment de Paris"), qu'aux niveaux européen et français.
Pour ce qui concerne l'Hexagone, la convergence renforcée des mouvements et réseaux citoyens initiée par "Pouvoir citoyen en marche", plate-forme fondée par la rencontre du Pacte civique, du collectif Roosevelt, des convivialistes, du labo de l'économie sociale et solidaire, des Dialogues en humanité et de bien d'autres mouvements a permis d'aboutir à 
un socle commun de propositions sur quatre niveaux: celui de la Vision avec le texte proposé par Edgar Morin "Changeons de voie, Changeons de Vie(un site a été créé pour partager cet appel), celui des valeurs, celui des récits permettant ces itinéraires de convergence et celui dit des "mesures basculantespour reprendre une expression de notre ami Alain Caillé qui a beaucoup œuvré à ce texte en voie de finalisation.

Mal au Trump? Demandez des Créatifs culturels...

Outre ce contenu, il faut aussi construire une stratégie pour cette alliance et en repérer les forces principales afin de mieux distinguer son cœur et ses ailes.
Le cœur, c'est, me semble-t-il, l'ensemble des acteurs qui se reconnaissent dans le Projet d'une grande Transition vers une société du bien vivre.
Celle-ci constitue une double alternative convivialiste au fondamentalisme marchand et au fondamentalisme identitaire, sachant que le second est l'enfant monstrueux du premier. 
La "base sociale" de cette alliance, ce peut être celles et ceux que deux sociologues américains, Sherry Anderson et Paul Ray, ont nommé "les Créatifs culturels", porteurs d'une quadruple révolution silencieuse dans le domaine écologique, dans celui du rapport entre hommes et femmes, dans la quête d'une spiritualité non dogmatique et dans une ouverture multiculturelle. 
Ils représentent le symétrique du quatuor mortifère symbolisé par Trump: irresponsabilité écologique, machisme, intégrisme culturel et religieux, racisme et défense délirante d'une suprématie des Blancs. 
Ils sont les seuls à pouvoir proposer un dépassement dynamique du conflit entre les deux autres grandes familles socio-culturelles évoquées dans l'enquête de Ray et Anderson, celle des modernistes et des traditionalistes. 
Les premiers sont aveugles sur "les dégâts du progrès" pour reprendre le titre d'un livre célèbre de la CFDT des années 70, les seconds sont irrésistiblement attirés par les fondamentalismes identitaires qu'ils soient religieux ou nationaux. 
Ces "créatifs" peuvent proposer de garder le meilleur de la modernité, la liberté, mais sans le pire, la chosification, et de retrouver le meilleur de la tradition, la reliance (à la nature, à autrui, aux questions du sens), mais sans le pire, la dépendance et la tentation intégriste. 
On retrouve, on le voit, nombre de caractéristiques fondamentales de ce que nous plaçons au cœur non seulement des valeurs, mais aussi des comportements convivialistes

Le défi de la convergence

Mais s'ils constituent le cœur potentiel de cette alliance les Créatifs culturels doivent d'abord se donner les moyens de se constituer en force (en force créatrice bien sûr et non dominatrice conformément à leurs gènes) et de dépasser le stade d'une créativité très riche mais trop souvent fragmentée et invisible pour construire une grande convergence à partir de ces émergences,... tout en inventant un modèle de convergence inspiré du Vivant et ne reproduisant pas les convergences artificielles et en surplomb que sont les figures de l'avant-garde ou de la fédération. 

Il est essentiel qu'ils soient le cœur de l'alliance car s'ils continuent comme aujourd'hui à constituer les ailes tantôt du clan moderniste tantôt du camp traditionaliste, ils n'arriveront pas à peser suffisamment sur les enjeux macros (économiques, sociaux, culturels etc.) là où sont solidement installées les forces mortifères. 
Par exemple, il faut pouvoir tenir sur le double front de l'alternative au fondamentalisme marchand et au fondamentalisme identitaire car, sinon, la lutte contre le second sans mettre en cause le premier conduit à traiter un symptôme sans traiter ses causes. 
Mais ensuite ceux-ci se doivent de nouer des alliances, compte tenu de l'ampleur du risque. 
Alliances pour former une coalition avec la partie des modernistes partisans de l'économie de marché et du progrès technologique mais conscients de la nécessité d'une lutte contre les inégalités sociales, de l'insoutenabilité de la démesure spéculative et d'une capacité de discernement sur les risques des évolutions technologiques. 
Mais alliance aussi avec les cultures et les sociétés de tradition qui refusent le basculement dans le fondamentalisme identitaire. 

Travailler à REVER

Ainsi cette alliance des forces de vie peut-elle constituer une alliance préventive, mais aussi résiliente si l'approche préventive n'a pu être conduite à temps et jusqu'au bout. 
A la stratégie du REV proposée lors des États généraux de l'économie sociale et solidaire, alliant le R de la résistance (créatrice), le E de l'expérimentation (anticipatrice) et le V de la Vision (transformatrice), nous pouvons proposer de REVER en ajoutant le E de l'évaluation démocratique et le R de la Résilience refondatrice. 
L'évaluation dans cette perspective doit être entendue dans son sens fort de délibération sur ce qui fait valeur et valeur dans son sens radical de force de vie. 

Ethique érotique

Alors peuvent se conjuguer pleinement l'impératif érotique de Nietzsche sur la mobilisation des forces de vie et l'impératif éthique de Kant sur l'exigence que la recherche de la force de vie de chacun ne s'opère pas au détriment d'autrui. 
Ethique et Érotique ne sont-ils pas ainsi deux composantes majeures d'une perspective et d'une pratique convivialiste
C'est en tout cas une proposition que je fais pour l'année qui vient à mes amis convivialistes... 
Bonne année 2017 où il nous faudra plus que jamais allier "pessimisme de l'intelligence et optimisme de la volonté".» (2)(3)



Patrick Viveret 



(1) Le Français Patrick Viveret est philosophe et essayiste. Ancien conseiller référendaire à la Cour des Comptes, il est l’auteur de nombreux livres dont «Pourquoi ça ne va pas plus mal» (2005), «Pour un nouvel imaginaire politique» (ouvrage collectif, 2006), «Comment vivre en temps de crise» (avec Edgar Morin, 2010), «De la convivialité» ou «Dialogues sur la société conviviale» (ouvrage collectif, 2011). Il a dirigé en son temps la mission «Nouveaux facteurs de richesse» (2001-2004) qui allait déboucher sur la publication du rapport «Reconsidérer la richesse ». Il est aussi à l'origine de la monnaie complémentaire «Sol». Il est par ailleurs cofondateur des rencontres internationales «Dialogues en Humanité» et membre créatif du «Club de Budapest» France. 
(2) A noter que, dans un ouvrage tiré du colloque convivialiste de Rennes d’octobre 2015 (Humbert Marc, Reconstruction de la société–Analyses convivialistesPresses Universitaires de Rennes), une vingtaine d’auteurs convivialistes (dont Alain Caillé) explorent les chemins de construction d’une société conviviale guidée par la poursuite inlassable du bien commun.
(3) Le texte publié ci-dessus nous a été envoyé par l'auteur, que nous remercions.  Les titre, chapeau et intertitres sont de la rédaction.


mercredi 4 janvier 2017

2016, année terroriste...
































D'abord, l'essentiel.
Puis, l'important.
Ensuite, le futile.
Et enfin, le gratuit...
qui compte!
Cette hiérarchie
à quatre étages,
chacun d'entre nous 
s'avérerait bien avisé 
de s'en inspirer pour 2017. 
En n'oubliant pas 
que ma liberté s'arrête 
là où commence 
celle de l'autre. 
Et que,
le cas échéant,
le fait 
de ne pas pouvoir aider
ne doit pas m'empêcher
de veiller 
à ne pas nuire. 
Ce qui passe le plus souvent 
par le souci de la vérité. 
Et toujours 
par l'absence de confusion 
entre justice et vengeance. 
Et si nous profitions 
de l'arrivée de l'an neuf 
pour changer de logiciel? 
Après l'année 
celle des métamorphoses




«La vengeance est une justice sauvage.»
(Francis Bacon)

«La vengeance n'apporte pas de récompense,
car la souffrance des autres 
ne peut compenser le mal qu'on a subi.
Résister à notre colère est une marque
non seulement de notre humanité, 
mais aussi de notre santé mentale.» 
(Martha Nussbaum)



«Leur pardonner? 
Pour pouvoir envisager de le faire, il aurait au moins fallu qu'ils m'expliquent.»
Bernard (1) parle posément, sans haine ni désir de vengeance.
En déplacement chez un ami, iboîte un peu, mais, reste fidèle à lui-même.
Moral au beau fixe compris.  
Evidemment, on lui reparle de l'attentat.
Le 22 mars.
L'aéroport de Bruxelles National, où il était venu déposer son oncle qui devait s'envoler pour l'Afrique. 
La première bombe, qu'il n'a pour ainsi dire pas entendue.
La deuxième, à quelques mètres, qui l'a jeté à terre. 
Et puis, l'état de choc. 
Les pertes de conscience successives, médicalement provoquées ou non. 
L'homme penché sur lui.
La civière. 
Le trajet en ambulance vers l'hôpital militaire de Neder-Over-Heembeek, juste à côté de Zaventem. 
L'autre déplacement, vers Anvers, où il allait passer plusieurs semaines. 
«Vous avez de nouvelles ambulances électriques?», a-t-il demandé à un infirmier, sans se rendre compte qu'il subissait les séquelles auditives de l'explosion.   
Bernard, à ce moment-là, commençait à peine à prendre conscience du parcours qui l'attendait.
Tibia à reconstruire, épaule à remplacer, perte de capacité auditive à assumer...
Le parcours du combattant.

Dérapage incontrôlé


Le cas de Bernard est poignant.
Il est aussi emblématique.
Emblématique d'un monde qui dérape.
Et qui fait de plus en plus de victimes collatérales...
Physiques, donc, parfois.
Psychiques aussi, très souvent.
Manifestement, la démocratie est à la croisée des chemins.
Elle qui se voulait instrument de paix, a été rattrapée par la violence.
Violence émotionnelle et mentale, suite, notamment, à cette façon qu'ont de plus en plus fréquemment les 
«élites» de se complaire dans les excès de la manipulation et de l'arrogance.
Violence corporelle, de surcroît, via ce qui, d'une certaine manière (et d'une certaine manière seulement), peut apparaître comme le prix à payer par les puissances occidentales pour leur tendance à l'interventionnisme, larvé ou assumé, à l'extérieur de leur pré-carré.
La fin de la croissance économique a fait le reste.
En interne comme en externe, les 
«perdants», qui avaient été rejetés à la périphérie de la modernité ont, d'une façon ou d'une autre, donné de la voix.
Haussé le ton.
Et plus car hostilité... 


Evolution salutaire ou mutation dangereuse?

«2016 signe la fin de l'hégémonie des élites, estime Gérald Papy (portrait ci-contre), rédacteur en chef adjoint de l'hebdomadaire belge Le Vif/L'Express.
Evolution salutaire si, déconnectées de la réalité, celles-ci ignorent l'intérêt général.
Mutation dangereuse si elles sont disqualifiées par principe au nom d'un populisme masqué.» (2)
Intéressante analyse, sans doute.
Qui ne vaut pourtant qu'ici, maintenant et partiellement...
Ici, c'est-à-dire dans celles de nos démocraties qui ne sont pas en train de virer à la «démocrature». 
Maintenant, car la situation du moment est tout sauf figée. 
Partiellement, ou plutôt politiquement, puisque, a contrario, un certain... «monde de la finance» n'en finit pas, lui, de se muscler. 
Plus décomplexé que jamais, parfois même débarrassé de ses tenues de camouflage (3), il va jusqu'à parvenir, désormais, à se ménager plus souvent qu'à son tour le soutien de ce que d'aucuns appellent assez mystérieusement «le peuple».
Car derrière l'arbre de ceux qui, se revendiquant des «99%», pourfendent -pas toujours dans la nuance- le «1%», il y a la forêt des autres: ceux qui, crédules, ont par exemple fait élire Donald Trump, richissime businessman dont, paraît-il, il faudrait croire qu'il serait sur le point de changer fondamentalement le système qui l'a porté aux nues...

Vengeance aveugle

Soyons clair.
Autant
«le peuple» (s'il existe) a des raisons plus que légitimes de se montrer mécontent, autant «il» se fourvoie quand «il» verse dans le piège de la «post-vérité».
Un concept qui fait fureur.
Qui a même été sacré mot de l'année 2016 par le Oxford Dictionary.
Mais qui, quelque part, cache un retour aux... affaires.
On peut, en effet, légitimement se demander si nous n'assistons pas de plus en plus, aujourd'hui, au grand remplacement d'une élite (politique) par une autre (financière).
Soit une stratégie du pire qui se construit sur le ressentiment aveugle de nombre de laissés-pour-compte.

D'où cette propension affichée par beaucoup de nos contemporains à se soucier de la vérité comme d'une guigne.
Au risque de nous entraîner vers un crépuscule de la démocratie.
Car il n'y a pas que des Bernard...
«Attisée par les lectures victimaires de l'histoire, la vengeance puise dans la mémoire d'humiliations et d'exactions réelles, mais aussi dans des mythes et des mensonges concoctés par des historiens tribaux, artificiers de la rancoeur, écrit joliment Jean-Paul Marthoz (portrait ci-contre) dans le quotidien Le Soir.
Elle est le plat préféré des monstres froids et fait presque toujours partie de l'arsenal de la barbarie.
Se réclamant des torts subis et de l'honneur blessé d'une communauté ou d'une nation, elle justifie, voire sanctifie, les moyens les plus abjects.» (4)
Erreur fatale, martèle le journaliste et essayiste belge...  

«Réparer les torts par la justice est un élément essentiel des démocraties apaisées, alors que la vengeance est l'indice d'un esprit pré-démocratique qui, souvent, annonce des actes anti-démocratiques.» (4)
Et d'insister...
«L'esprit de civilisation réside aussi dans le refus de répondre au fer par le fer.» (4)

Homme fort versus personne de qualité

Suffit-il d'être un homme fort pour devenir une personne de qualité?
Et ce fameux «caractère» dont on nous rebat les oreilles doit-il nécessairement se construire sur des fondements vindicatifs?
Non, évidemment.
Et même deux fois non.

C'est pourquoi le terrorisme est un leurre.
Et avec lui le national-populisme.
Ainsi que le complotisme, le conspirationnisme ou le négationnisme monomaniaques.
De même que toutes les modalités (cognitives, affectives et/ou comportementales) de l'extrême.
Autant de jeux de dupes.
Autant d'incarnations d'un aveuglement qui, loin de faire avancer le schmilblick, ne peut en fait que nuire à la démocratie.
Autant d'effets d'aubaine pour les partis de la fermeture, eux-mêmes soutenus -à leurs risques et périls- par les ennemis de celle qui, jusqu'à nouvel ordre, continue -comme disait Winston Churchill- à faire office de «moins mauvais des systèmes».


Lobby soit qui mal y pense

L'heure devrait donc être à la riposte.
Et pourtant...
En Europe surtout, les multiples pièces du puzzle
 politique refusent plus que jamais de s'emboîter.
Et se rengorgent de fanfaronnades velléitaires.
Les lobbies en tous genres n'en demandaient pas tant.
Ils se régalent.
Ils se délectent.
Ils poussent leurs pions...
Qu'il est loin, le discours du Bourget.



Christophe Engels


(1) Prénom d'emprunt.

(2) Papy Gérald, Nos rêves sont plus forts que nos échecs, éditorial du Vif/L'Express, 23 décembre 2016, p.6.
(3) Voir, par exemple, le paysage médiatique français.
(4) Marthoz Jean-Paul, L'année de toutes les vengeances, in Le Soir du 30 décembre 2016, p.20.